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Impressions d’Europe. Conférence d’Alain Borer sur la langue française

vendredi 10 mars 2017 par RespPrepa

Le 19 mai dernier, la classe de lettres supérieures de la Perverie assistait à la conférence d’Alain Borer dans le cadre des Impressions d’Europe au Grand T. La soirée a été ouverte par deux élèves d’hypokhâgne qui ont déclamé trois poèmes témoins de la richesse de la langue de Molière : Petite épître au Roi de Clément Marot ; Voyelles de Rimbaud ; ainsi que Dimanche à la campagne de Michaux. Trois jeux de recherche sur le français pour introduire les propos du conférencier. Alain Borer, poète, essayiste et critique d’art, l’un des grands spécialistes d’Arthur Rimbaud, venait justement pour la présentation de son dernier ouvrage intitulé selon le célèbre vers de Racine : De quel amour blessée. Réflexions sur la langue française.
En guise de réflexion, l’auteur nous offre surtout l’apologie d’une langue unique mais menacée. Le français est pensé pour l’écriture plus que pour l’oral : en témoigne le fait qu’il n’a pas d’intonation contrairement à ses voisins européens et que toutes ses lettres ne se prononcent pas (le « -ée » du féminin, le « -nt » du pluriel). Dans la première partie de son essai, Alain Borer fait la démonstration du caractère essentiellement littéraire du français. Puis il met en évidence les dangers que la langue de Molière court aujourd’hui : la tendance à vouloir angliciser notre langage risque de provoquer la disparition même du français. Dès 1025 et pendant quatre siècles ensuite, les îles anglaises l’ont parlé couramment, ce qui fait qu’aujourd’hui, 37 000 mots anglais tirent directement leur origine du français, soit 63% du vocabulaire anglophone total, ce qui fait dire à Alain Borer que l’anglais est pratiquement du « français mal prononcé ». Or, malgré ses origines linguistiques, la langue anglaise tend ces dernières années à remplacer le français dans tous les domaines : de la politique (Alain Borer cite surtout J-P. Raffarin et V. Giscard d’Estaing) au quotidien le plus banal (les modèles de voiture de chez Renault, les outils informatiques). Parfois même pour des mots dont nous avons de parfaits équivalents en français : le « best-seller » n’est rien que la meilleure vente, le « coach » est juste l’entraîneur, le courriel peut remplacer le « mail », de même pour « challenge », « flirt », « cash », « teaser », « fun », « top », « remake », « vintage », « leadership », « boss ». La langue française prend mais n’offre plus, l’anglais ne s’enrichit plus de sa voisine, finalement il n’y a plus le phénomène de « tennis », l’échange ne va que dans un sens. Cela prend davantage d’ampleur quand on constate le recul de l’enseignement du latin et du grec : de même qu’une fleur meurt si on la coupe de sa racine, une langue ne peut pas se développer si ses origines sont éludées, elle ne peut que plier face à une autre, et finalement dépérir jusqu’à la disparition pure et nette.
Malgré son caractère enflammé et militant à certains moments, un tel discours n’a pu qu’être apprécié d’étudiants en lettres qui peuvent parfois se sentir bien seuls quand on leur fait la réflexion : « Il y a une faute d’orthographe dans le titre De quel amour blessée ! »
Amélie Sérazin. CPGE 2

Portfolio

Lecture d'un poème par Amélie Lecture à deux voix : Faustine et Amélie Illustration des richesses de la langue française

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